Plaidoyer pour le plaisir de vaincre sans tuer
Dossier

Plaidoyer pour le plaisir
de vaincre sans tuer

Crédit : Lince Works
Maxime L-G.
Maxime L-G.
Auteur Micromania-Zing

Ok, les 360 headshots, c’est cool. Mais vous savez ce qui est encore plus cool ? Ne tuer personne et l’emporter.

Les jeux vidéo sont comme n’importe quel type de jeu : ils se basent sur le conflit. Avant même que nous allions sur les serveurs de Call of Duty ou Fortnite, nombre d’entre nous jouaient à la police et au voleur dans nos jardins ou profitaient d’armes en plastique avec un petit pétard à l’intérieur. Ce avant de regarder un bon gros film d’action à la TV type Die Hard ou Fast and Furious avant d’aller nous coucher. Alors bon, l’argument du jeu vidéo qui rend la jeunesse violente est un peu surfait : la violence nous entoure, la vie est ainsi faite.

Malgré tout, nous ne sommes pas obligés de nous y résoudre. Et certains jeux font tout pour proposer une expérience posée, non violente, souvent douce ou mélancolique qui ne viendra jamais nous demander d’aller au-delà de notre propre morale. Voire même nous forcera à nous ouvrir l’esprit aux autres. Ceux-là sont bien mignons, mais je vais pas vous mentir : j’aime aussi beaucoup gagner. Vaincre. Et quand il s’agit de ces expériences, si fortes soient-elles, je reste un petit peu insatisfait. Papa a besoin de voir “WINNER” sur l’écran à un moment ; c’est pour l’égo, vous comprenez.

Crédit : Square Enix

Infiltré, délivré

Pour ça, un type de jeu m’a toujours compris : les jeux d’infiltration. Un contexte guerrier où le sort du monde repose sur nos épaules ? Pas de souci : je suis là. Mais je vais claquer des perruques à ma manière, en n’étant pas plus bourrins que mes ennemis, non : en étant plus malin. Je crois que les joueurs comme moi ont un profil assez particulier, qu’ils aiment quelque part analyser la matrice. Là où d’autres voient un tas d’ennemis comme une opportunité de shooter dans le tas, je fais le chat : ces pnj sont des souris avec lesquelles je joue jusqu’à comprendre comment ils réagissent à un élément ou à un autre. J’analyse l’intelligence artificielle. Et lorsqu’elle n’a plus de secrets pour moi, je danse au milieu de mes ennemis sans qu’ils n’aient la moindre idée de ce qu’il se trame.

Quel plaisir de se sentir avoir un gigantesque cerveau au milieu d’une foule d’imbéciles. C’est bas, oui. C’est orgueilleux, complètement. Mais c’est aussi un délice rare que peu de jeux ont réussi à m’offrir. Deus Ex s’en est bien tiré, mais il faut avouer que la palme revient à Metal Gear Solid, qui dans chaque épisode avait quelque chose à offrir au joueur qui se sentait de faire l’aventure avec une fleur entre les dents. Mention spéciale à Metal Gear Solid 3 et sa séquence dans les marées, qui a été d’une facilité déconcertante pour nous autres. Le jeu a reconnu notre valeur, et c’est tout ce que l’on a jamais demandé. Si j’avais pu ne pas appuyer sur la gâchette à la fin de cette aventure, je l’aurais définitivement fait. Mais le fait d’avoir réservé mon unique munition à The Boss a rendu le moment d’autant plus fort.

Crédit : Konami

Aujourd’hui, l’infiltration n’a plus trop le vent en poupe, mais certains comme Aragami résistent encore. Cependant, le plaisir de gagner sans tuer personne ne devrait pas s’arrêter à ce seul genre. Développeurs, inspirez-vous de l’infiltration pour vos propres jeux et créez des options non-violentes. Pourquoi ? Pour que les âmes douces mais compétitives puissent avoir le droit de gagner sans pour autant rompre avec leurs principes. Et aussi, pendant quelques heures de jeu, se sentir comme le plus grand cerveau tactique jamais observé sur cette planète. On mérite bien cela.

Aragami 2 sur Micromania