Oddworld, le projet fou imaginé par Lorne Lanning
Dossier

Oddworld, le projet fou
imaginé par
Lorne Lanning

Crédit : Oddworld Inhabitants
Maxime L-G.
Maxime L-G.
Auteur Micromania-Zing

Oddworld revient petit Ă  petit sur le devant de la scĂšne. AprĂšs le remake du premier Ă©pisode, New ’n’ Tasty, La Fureur de l’Étranger ressort sur Nintendo Switch en attendant Soulstorm. Trois projets qui font partie d’une immense quintologie steampunk imaginĂ©e par Lorne Lanning.

Pour beaucoup, Oddworld est un univers avec lequel on a grandi, ou duquel on est extrĂȘmement familier, sans pour autant rĂ©ussir Ă  vraiment se l’expliquer. Il faut dire que l’allure trĂšs modeste du titre, tout autant que son gameplay puzzle, n’en font pas un titre AAA qui scintille dans une campagne marketing puissante. Non. Oddworld est la petite note Ă©trange, sucrĂ©e et salĂ©e, de la PlayStation. Celle qui a su perdurer, grandir, et que l’on doit Ă  un esprit tout aussi fou que le jeu qu’il a fait naĂźtre : Lorne Lanning.

Observateur du monde

Le crĂ©ateur amĂ©ricain ne vient pas d’une famille particuliĂšrement aisĂ©e. Pourtant, son pĂšre Ă©tait l’un des ingĂ©nieurs de la Colecovision, l’une des prĂ©curseurs des consoles de salon qui promettaient d’apporter l’expĂ©rience d’une arcade dans le foyer. Aussi, Lorne Lanning enfant a pu avoir un certain contact avec l’industrie du jeu vidĂ©o qui Ă  l’époque Ă©tait encore naissante, et sentir l’inspiration venir. Enfant crĂ©atif, il intĂ©grera dans ses Ă©tudes l’école des Arts Visuels de New York, mais cela ne l’empĂȘchera pas pour autant d’enchaĂźner les petits boulots pour subvenir Ă  ses besoins. C’est justement de ces petits boulots qu’il tirera sa plus grande inspiration crĂ©ative.

Crédit : Venturebeat

DiplĂŽmĂ© dans l’animation, Lorne Lanning cherche avant tout Ă  faire des films. Sa plus grande inspiration aura Ă©tĂ© Star Wars, non seulement pour le monde qu’il a pu crĂ©er, mais aussi son message spirituel. Il commence dĂ©jĂ  Ă  imaginer tout l’univers qui deviendra Oddworld, et le conçoit comme une quintologie de films ayant des personnages trĂšs diffĂ©rents mais dont le message lie l’ensemble. C’est en travaillant au sein du studio hollywoodien Rhythm & Hues qu’il rencontre la productrice Sherry McKenna, et lui pitche son idĂ©e. Mais comment trouver les fonds pour investir dans un projet audiovisuel aussi ambitieux ? Pour Lorne Lanning, c’est trĂšs simple : il suffit d’en faire des jeux vidĂ©o ! C’est ensemble qu’ils fondĂšrent Oddworld Inhabitants en 1994 et se mirent Ă  travailler sur leur premier jeu : Abe’s Odyssee.

Doux et amer Ă  la fois

Mais quel est le message que Lorne Lanning veut absolument faire passer dans cette quintologie mystĂ©rieuse ? Pour le comprendre, il suffit d’analyser quelque peu Abe’s Odyssey. Il y a dĂ©jĂ  le premier message, assez Ă©vident : on y contrĂŽle Abe, sympathique et avenant... esclave Ă  la solde d’une grande corporation de l’agroalimentaire. Lorsque ce dernier se rend compte que ses congĂ©nĂšres et lui-mĂȘme sont la matiĂšre premiĂšre de la nourriture qu’ils aident Ă  crĂ©er, il tentera de fuir sa servitude et de sauver un maximum de ses compatriotes du mĂȘme temps. Le message anti-capitaliste se pose lĂ , tout autant que la critique de la globalisation de notre monde. Mais il y a plus encore. Abe dĂ©jĂ  est un avatar qui se veut reprĂ©senter tout le monde et personne Ă  la fois, effaçant ainsi la moindre notion d’origine pour que tout un chacun puisse se l’approprier. Il est contrĂŽlĂ© par le joueur Ă  la troisiĂšme personne, le poussant ainsi intĂ©grer un rĂŽle de superviseur, de guide. Et il s’adresse Ă  ses congĂ©nĂšres avec des petits ordres vocaux mignons, « Hey », « Wait », qui ont Ă©tĂ© intĂ©gralement designĂ©s afin de vous pousser
 Ă  l’empathie.

Crédit : Oddworld Inhabitants

Le sort de ces crĂ©atures vous est non seulement Ă©chu, mais le moindre mal que vous leur faites subir vous brise le cƓur. Il faut dire que les Mudokon (la race officielle d’Abe) ne sont que douceur et tendresse ; difficile de les voir pĂ©rir sans compatir. Lorne Lanning a mis un point d’honneur Ă  ce que ces derniers ne se saisissent jamais d’un pistolet, pour conserver cette nature : c’est d’ailleurs ce qui a poussĂ© la crĂ©ation de la mĂ©canique de contrĂŽle mental. Aussi, ils restent Ă  jamais des crĂ©atures sensibles, optimistes, proches de la nature dans un rouage toujours plus sombre et anti-naturel. Pour conserver tout de mĂȘme la lĂ©gĂšretĂ© du titre, leurs morts sont toujours quelques peu absurdes, crĂ©ant un espĂšce d’humour ironique tout au long de l’aventure.

La quintologie renaĂźt

Tristement, l’idĂ©e de quintologie a pris du plomb dans l’aile. AprĂšs le grand succĂšs du premier Ă©pisode, l’éditeur GT Interactive a demandĂ© Ă  Oddworld Inhabitants de sortir un second Ă©pisode rapidement. Voulant ĂȘtre respectueux de leurs liens, le dĂ©veloppeur a crĂ©Ă© Abe’s Exoddus, qui bien qu’un jeu sympathique est plus une extension du premier Ă©pisode que le deuxiĂšme Ă©pisode imaginĂ© Ă  l’origine. C’en est suivi un accord avec Microsoft Studios pour le dĂ©veloppement de Munch’s Odyssee puis Electronic Arts pour La Fureur de l’Étranger. Mais lorsque EA a proposĂ© de racheter le studio, Lorne Lanning a tout simplement
 tout quittĂ©. Il faut dire que sa mentalitĂ© est simple : pour lui, tout l’argent gĂ©nĂ©rĂ© par la vente des jeux doit ĂȘtre rĂ©investi dans la crĂ©ation de nouveaux jeux. VoilĂ  une philosophie qui ne correspondait pas vraiment au gĂ©ant amĂ©ricain, et qui a poussĂ© Lorne Lanning a prendre ses distances avec le milieu du jeu vidĂ©o.

Crédit : Oddworld Inhabitants

Fort heureusement, l’explosion du jeu indĂ©pendant a eu lieu rapidement aprĂšs. Et le crĂ©ateur a eu le nez fin : malgrĂ© la fin d’Oddworld Inhabitants, il n’a jamais revendu les droits de ses jeux. Ainsi, fort de nouveaux moyens d’indĂ©pendance et de bons partenaires de dĂ©veloppement, il a pu recommencer Ă  travailler sur sa quintologie. Le premier pas en cela a Ă©tĂ© le remake du premier Ă©pisode, New ‘n’ Tasty. Son succĂšs a permis de financer la crĂ©ation d’un nouveau remake prĂ©vu en 2020, SoulStorm, qui se veut ĂȘtre le vrai second Ă©pisode imaginĂ© Ă  l’origine.

La ressortie de La Fureur de l’Étranger sur Nintendo Switch s’intĂšgre Ă©galement Ă  ce mouvement. Il s’agit d’une rĂ©surrection pour Oddworld, qui n’a pas fini d’offrir sa critique du monde capitaliste et son exemple de bontĂ©. Quant Ă  nous, on a hĂąte de voir enfin la quintologie prendre vie.

Retrouvez Oddworld La Fureur de l’Étranger sur Nintendo Switch