Les jeux en boîte, nouveau luxe du collectionneur
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Les jeux en boîte,
nouveau luxe
du collectionneur

Crédit : Spiritfarer
Maxime L-G.
Maxime L-G.
Auteur Micromania-Zing

Pratiques, puis oubliées pour enfin devenir objets de collection : les boîtes de nos jeux vidéo préférés ont vécu bien des péripéties au fil des ans.

Lorsque l’on pense à l’évolution des jeux vidéo, de nombreux éléments nous viennent en tête. Les graphismes bien sûr, qui sont passés de quelques lignes sur un écran à des pixels puis des polygones toujours plus nombreux. Les expériences elles-même, alors que nos jeux de plateforme d’antan sont devenus des films interactifs parfois plus impressionnants que ce que l’on peut retrouver en salle. Et puis les machines, symboles de leur époque technologique, qui se sont sophistiquées, sont devenues plus petites, portables parfois, transformables au besoin...

Mais rares sont les objets du jeu vidéo qui ont subi une transformation aussi intéressante que celui de… la boîte. Oui, la boîte de jeu. Celle que l’on voit dans les magasins, que l’on retrouve dans les bacs d’occasion, que l’on s’échange main dans la main avec nos proches. Du moins, pour le moment.

D’inutile à indispensable

Vous souvenez-vous seulement du premier jeu vidéo que vous n’avez jamais eu ? Pour beaucoup, il s’agissait d’une cartouche protégée par une boîte quelconque. Chez Nintendo, on ne faisait pas grand cas de celle-ci : les cartons dans lesquels nos cartouches de jeu étaient logées ne servaient qu’à vaguement faire leur publicité en magasin. Une fois qu’on avait la cartouche, ce fameux carton bien frêle se retrouvait presque immédiatement jeté à la poubelle. Même ceux qui s’imaginaient déjà en faire la collection ont vu les coins de leur boîte prendre des pètes, quand la boîte elle-même n’a pas été écrasée pendant un déménagement. Et ce n’était pas si grave que ça : la sacro-sainte cartouche était toujours épargnée.

Et puis tout à coup, il y eut les jeux CD. Et là, les boîtes cartonnées ont laissé leur place aux boîtes de DVD un peu basiques, qui ne payent pas franchement de mine et peuvent être remplacées en un rien de temps par lot de 10. La pochette faisait tout le sel de l’édition, et les collectionneurs avaient plutôt dans l’idée de pouvoir récupérer tous les jeux d’une plateforme qu’un seul exemplaire en parfait état. Quand les marchés en ligne sont apparus, la boîte avait déjà commencé à perdre de sa superbe. Et les jeux développés par les indés avaient déjà récupérés le cœur des collectionneurs : difficile de vouer une passion folle pour un produit de masse comme Call of Duty, quand les petits Braid et autre Limbo s’affichent avec une volonté artistique forte.

Crédit : Heritage Auctions

C’est là que l’on pensait la boîte condamnée à disparaître. Que tout allait passer au numérique. Que la collection de jeux vidéo allait forcément devenir un luxe de nostalgiques, toujours tourné vers les consoles d’hier. Mais il en a rien été, bien au contraire : les indépendants n’ont pas fait que redonner de la vie à des genres et licences oubliés, ils ont emmené les boîtes avec eux. Des entreprises comme Limited Run ont commencé à se spécialiser en la création d’édition boîte de jeux normalement destinés aux PSN et XBLA de ce monde. Des productions à tirage limité, qui prennent ainsi encore plus de valeurs que lorsque la boîte n’était qu’un emballage quelconque.

Les collectionneurs n’ont pas disparu avec l’avènement des jeux indépendants et des circuits de distribution numériques : ils se sont sophistiqués. Les titres eux-mêmes ont immédiatement pris plus de valeur, preuve d’une demande ravivée par le mouvement. Si aujourd’hui un Super Mario 64 US en parfait état s’est vendu à 1 million 560 000 dollars aux enchères, ce n’est pas pour rien. Les jeux vidéo sont si intégrés dans la culture populaire aujourd’hui qu’ils ont également créé leur propre notion de luxe. Et la boîte, autrefois simple objet pragmatique, est aujourd’hui le bijou le plus précieux du milieu.

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