La petite histoire du jeu vidéo africain
Dossier

La petite histoire
du jeu vidéo
africain

Crédit : Celestial Games
Nico Prat
Nico Prat
Expert Micromania-Zing

C’est un continent souvent regardé de haut, ou de biais, pour tout un tas de mauvaises raisons. Et pourtant, l’Afrique pourrait bien devenir le nouvel eldorado du jeu vidéo. À moins que ce ne soit déjà le cas.

La scène se passe le 23 février dernier, au Cap. Pour sa quatrième édition, l’Africa Games Week accueille pas moins de 2500 visiteurs. Parmi eux, des développeurs, des joueurs, des acteurs majeurs du marché. Et même si cet événement ne peut jouer dans la même catégorie que bien des rassemblement américains ou même européens, l’excitation est bel et bien présente, car les chiffres ne mentent pas : comme le rapporte Le Monde, l’Afrique du Sud est “le plus grand marché du continent avec 40 % de sa population amatrice de jeux”, et “le nombre de joueurs en Afrique subsaharienne est passé de 77 millions en 2015 à 186 millions en 2021”, selon une étude du cabinet spécialisé néerlandais Newzoo. Mais revenons quelques années en arrière.

Celestial Games est un studio de développement de jeux vidéo sud-africain fondé en 1994. Avant eux, rien. Il s’agit du tout premier studio (recensé) implanté sur le continent. Deux ans plus tard, en 1996, sort leur première création, et donc, le premier jeu africain : Toxic Bunny, un jeu de plates-formes à défilement horizontal mettant en scène un lapin mutant. Le succès est au rendez-vous, quoique bien modeste comparé aux critères occidentaux. 7000 copies trouvent preneur dans le pays, avant que 150 000 autres ne soient distribuées en Pologne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en France. Un petit pas pour le jeu, mais un bond de géant pour l’Afrique, qui signe ici son acte de naissance vidéoludique. Mais aussi un faux départ.

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Crédit : LimPio Studio

Car les studios naissent mais ne survivent pas, comme le I-Imagine de Dan Wagner, premier studio africain licencié par Sony et Microsoft, et donc les échecs entraînent l’expatriation des salariés. Ou encore l’arrivée, en grande pompe en 1998, d' Ubisoft, qui ouvre un studio à Casablanca, pour le fermer quelques années plus tard. Car les créateurs, sur place, doivent faire face à de multiples défis, parmi lesquels le piratage, un réseau électrique parfois capricieux (pour dire le moins), ainsi qu'un manque de personnel compétent.

Mais la création trouve toujours un chemin, et dans la deuxième moitié des années 2010 émerge quantité de projets variés, d’une folle richesse, ayant dsu faire face à quantité de défis, ce qui ne rend leur existence que plus belle, plus importante. Ainsi en 2015 paraît Cross Dakar City, un jeu mobile sénégalais mettant en scène Mamadou, un enfant mendiant abandonné que le joueur doit guider jusqu’à ses parents biologiques. La même année paraît The Boy In Savannah, premier jeu vidéo entièrement né et développé au Togo. En août 2016, le studio Irooko sort le premier jeu mobile béninois, nommé Les Aventures de Béhanzin.

Plus récemment, le magazine The Economist annonçait à son tour de bonne nouvelle : “les investisseurs en capital-risque commencent à manifester leur intérêt. En janvier, certains ont injecté 20 millions de dollars dans Carry1st, un éditeur sud-africain qui aide des studios dans le monde entier à lancer leurs contenus en Afrique”. L’histoire est donc bel et bien en marche.

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