Killzone : l'ancien rival d'Halo tombé dans l'oubli
Dossier

Killzone :
l'ancien rival d'Halo
tombé dans l'oubli

Crédit : Sony Computer Entertainment
Etienne C.
Etienne C.
Auteur Micromania-Zing

C'était l'une des vitrines technologiques de Sony. Cumulant plus de 10 millions de ventes, la série de Guerrilla Games, devenue culte pour toute une génération, a été complètement abandonnée au profit d'Horizon, dont le second opus sera dévoilé le 18 février. Mais pourquoi, au juste ?

Le respirateur artificiel a été officiellement débranché. Depuis janvier 2021, les visiteurs du regretté Killzone.com sont redirigés vers le site officiel de PlayStation, marquant symboliquement la fin d'une ère pour une œuvre majeure de Sony née en Europe au milieu des années 2000. Depuis la sortie de Killzone : Shadow Fall, concordant avec celle de PlayStation 4, peu d'informations ont filtré sur l'avenir de la série, abandonnée sur le bas-côté au profit d'Horizon, un action-RPG en monde ouvert acclamé. Mais pourquoi Guerrilla Games a lentement tiré un trait sur une licence qui l'a occupée pendant plus de quinze ans ? Éléments de réponses.

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Crédit : Sony Computer Entertainment

L'histoire de Killzone, FPS futuriste relatant le conflit entre les habitants de la Terre et l'Empire Helghaste, débute à la fin des années 1990 sous un autre nom : Marines. Le projet germe entre les murs de Lost Boy Games, studio basé à Amsterdam et appartenant à Michiel Mol – homme d'affaires connu hors des frontières européennes pour avoir détenu l'écurie Spyker F1 Team. A l'époque, l'équipe de développement, dont les productions ont été publiées jusqu'ici sur les consoles portables de Nintendo, change de stratégie pour se positionner sur le segment du jeu de tir à la première personne, peu concurrentiel sur consoles et plébiscité sur PC. « En décembre 1999, nous avons développé une démo baptisée Marines, se souvient Hermen Hulst, fondateur du studio propulsé à la tête de PlayStation Studios en novembre 2019. Je l'ai présenté à Sony à Londres, mais il faut comprendre qu'à l'époque, c'était une proposition risquée. Le seul FPS populaire sur consoles s'appelait Goldeneye 007 ». Dans un premier temps, Sony Computer Entertainment décline. Mais l'arrivée de Microsoft - et son produit phare Halo : Combat Evolved - sur le marché des consoles contraint les décisionnaires américains à revoir leur copie. Le développement de Killzone est lancé, le contrat d'exclusivité signé.

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Crédit : Sony Computer Entertainment

« Halo Killer », mais pas trop

Dès lors, l'attente autour du projet, que médias et fanboys baptisent symboliquement le « Halo Killer », est palpable. Du côté de Guerrilla Games, qui a changé d'identité en 2004, on joue la carte de la prudence et de la singularité. « Nous n'essayons pas de faire un Halo, rappelle Alastair Burns, producteur du titre, à Gamasutra. Oui, ce sont tous les deux des jeux de tir dans un univers de science-fiction, mais je pense que la comparaison s'arrête là. » Effectivement, au départ, les deux FPS futuristes ne jouent pas dans la même cour. Si l'on peut reconnaître quelques qualités à Killzone, comme son ambiance immersive et sa direction artistique singulière, il n'est pas la révolution annoncée. La faute à un gameplay répétitif et une IA bancale, sans doute. Mais ses chiffres de ventes (plus de 2 millions de copies écoulées, ndlr) lui permettent de prétendre à un sequel, au départ prévu lui-aussi sur PlayStation 2. Jusqu'à la fameuse conférence de Sony à l'E3, en 2005.

E3, publicité mensongère & gestion de crise

Les plus anciens se souviennent sans doute des premières images de « gameplay » de Killzone 2 diffusées lors du salon annuel de Los Angeles. Censé donner un aperçu du rendu du jeu sur la prochaine console de Sony, alors en développement, le trailer est en fait un pré-rendu pondu par Guerrilla Games pour un usage interne. « Nous avons longtemps travaillé sur une vidéo d'intention représentant ce que pourrait être un FPS sur la nouvelle génération de consoles, se souvient la produtrice exécutive Angie Smets dans le documentaire Chasing the Horizon. « Et [la vidéo] n'était prévue que pour un usage en interne (…) Puis un membre de l'équipe marketing aux États-Unis a annoncé que ça tournait en temps réel sur PS3 ». En réalité, Guerrilla Games vient à peine de mettre la main sur les kits de développement de la PlayStation 3. « Je ne sais même plus si nous avions modelé un triangle à ce moment-là » dit-elle. Bien malgré lui, le studio néerlandais devient l'artisan de la future vitrine technologique de sa maison-mère. Pour répondre aux attentes des joueurs, qui n'ont jamais été si élevées, l'effort financier est massif. Guerrilla Games est racheté en décembre 2005 et intégré au Sony Interactive Entertainment Worldwide Studios, le réseau de studios internes. L'équipe passe de 55 à 140 collaborateurs et dévoile son produit fini en 2009, quatre ans après la bourde de la Cité des Anges. Encore aujourd'hui, Killzone 2 est considéré comme l'épisode majeur de la franchise.

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Crédit : Sony Computer Entertainment

Nouvelle licence à l'Horizon

Car si la série a bénéficié de plusieurs suites inégales jusqu'en 2013, elle n'a jamais retrouvé le statut acquis avec Killzone 2. Elle s'est surtout faite lentement éclipsée, à partir de 2010, par une autre production maison correspondant aux nouvelles ambitions de Sony : Horizon, dont le second opus Forbidden West sera dévoilé le 18 février prochain. Jan-Bart van Beeke, directeur artistique de Guerrilla Games à qui l'on doit le pitch original de l'action-RPG, se souvient de cette période de transition : « Nous voulions créer un jeu axé sur l'action et les personnages, qui nous éloigne de Killzone, rappelle-t-il dans les colonnes de Gamesindustry. Ce sont des jeux sympas à réaliser, mais quand vos voisins sont Call of Duty et Battlefield, vous devenez un outsider et nous voulions vraiment briller ».

Faut-il enterrer Killzone pour autant ? Difficile de faire des pronostics, tant les déclarations de Sony et Guerrilla Games sont floues et éparses depuis huit ans. Si le concept de la franchise est à mille lieues des récentes exclusivités PlayStation (The Last of Us, God of War, Uncharted), il n'est pas impossible qu'on assiste, un jour, à sa renaissance. Interrogé sur le sujet par Game Informer, Hermen Hulst déclarait : « Nous avons beaucoup d'amour pour cette franchise. D'une certaine manière, [son arrêt] est définitif, mais en même temps, nous laissons tout ouvert pour l'avenir. Qui suis-je pour dire que nous ne ferons jamais rien ? ».