Jeux vidéo et boucles temporelles : miroir des joueurs
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Jeux vidéo et
boucles temporelles :
miroir des joueurs

Crédit : Bethesda
Nico Prat
Nico Prat
Expert Micromania-Zing

Deathloop, jeu vidéo développé par le studio Arkane Studios et édité par Bethesda Softworks, est l’une des stars d’une rentrée vidéoludique qui pourtant n’en manque pas. Normal : c’est un excellent jeu, reposant sur une idée toute simple, mais qui a fait ses preuves et dit beaucoup de la création comme de son joueur. Nous voulons bien sûr parler de la boucle temporelle.

Le concept de Deathloop est le suivant : Colt Vahn, prisonnier sur l'île de Blackreef, doit tuer en une journée huit assassins, afin de briser une boucle temporelle. Le jeu, évidemment, requiert d'utiliser des connaissances des boucles précédentes pour manipuler les événements, faisant davantage de progrès à chaque nouvelle boucle. Jusque là, rien de bien inhabituel : impossible pour le joueur d’oublier sur commande ce qu’il vient de se passer, nécessairement, il lui faut donc bâtir sur cet échec programmé. Outer Wilds (vingt minutes pour explorer la galaxie) ou Minit (une minute avant de mourir en traversant le village) fonctionnent sur les mêmes codes. Sans oublier, bien sûr, Twelve Minutes, The Forgotten City, Returnal, Majora’s Mask, etc…

Miroir, miroir

D’une part, cela va sonner comme une évidence : Outer Wilds, The Forgotten City et Twelve Minutes peuvent apparaître comme simples, voire simplistes, et donc frustrants. Après tout, soit vous comprenez, soit vous continuez d'essayer jusqu'à ce que vous y arriviez. Mais surtout, la boucle temporelle est un concept qui ne va pas sans quelques autres soucis : comprendre n’est pas réussir. Si le plaisir de la boucle vient du fait de percevoir, au fur et à mesure, la meilleure manière de surmonter un obstacle, la boucle est encore active une fois le problème compris. Il faut dès lors, sans mourir, sans se rater, et sans perdre de temps, atteindre son but. En cas d’échec, alors la boucle temporelle n’est plus un outil, ni un gimmick, mais bel et bien une épine dans le pied qui se transforme en ressentiment.

Crédit : Annapurna

Cependant, quand la boucle se fait apprentissage émotionnelle et intime, alors le jeu devient moins jeu que miroir du joueur. Ainsi, comment ne pas voir dans la série des Dark Souls, die & retry particulièrement ardus, une boucle temporelle certes non définie dans le temps mais néanmoins bien présente, qui en dit long sur notre persévérance et notre abnégation ? De même, comme l’écrit la journaliste Jordan Erica Webber, autrice de Ten Things Video Games Can Teach Us : “l’avantage des jeux en boucle temporelle est l'absence de conséquences à long terme : le concepteur n'a pas à les écrire, et le joueur n'a pas à s'en soucier. Cela encourage une approche plus ludique. Alors que les films et les émissions de télévision en boucle temporelle vous obligent à suivre les actions pré-écrites du protagoniste, dans un jeu, vous pouvez prendre plus de risques”.

Dès lors, si plus rien, ou presque, n’a d'importance, et que la vie est un éternel recommencement, alors seul reste ce que nous voulons bien laisser. Un cycle infini, qui se répète, nous permettant ainsi de réparer nos erreurs, est tout ce qu’il y a de plus cathartique. Et dans un monde qui semble courir à sa perte, avoir le choix, et surtout, la possibilité de n’en faire aucun de foncièrement mauvais ou irréparable, est peut-être la meilleure preuve que oui, le jeu vidéo peut sauver des vies, ou sans aucun doute les sublimer.