Dotemu, le réjuvénateur du jeu vidéo traditionnel
Dossier

Dotemu,
le réjuvénateur du
jeu vidéo traditionnel

Crédit : Sega
Selim K.
Selim K.
Auteur Micromania-Zing

Quand la majorité de l’industrie est à la recherche du nouveau jeu à succès, d’un énième battle royale ou un monde ouvert gigantesque, d’autres, de leurs côtés, restaurent des trésors du passé et font perdurer le patrimoine vidéoludique. On parle évidemment des français de Dotemu.

Dotemu - pour ceux qui l’ignorent - est la société qui vous permet de jouer à Windjammers, Final Fantasy VIII ou encore Wonderboy : The Dragon's Trap. En 2020, sur vos consoles de salon. Plutôt cool, non ? Et encore, ce n’est rien à côté de la liste complète de jeux déterrés par ces archéologues. Car, oui, Dotemu opère depuis 2007, et a déjà eu le temps de vivre plusieurs vies.

De l’émulation et du portage…

En 2007, quand le monde découvre Assassin’s Creed, Bioshock ou encore Mass Effect - quel incroyable millésime - Xavier Liard et Romain Tisserand créent DotEmu. À l’origine, DotEmu se pose comme un prestataire de service qui propose d’adapter de vieux jeux sur des systèmes d’exploitation plus récents. Une idée que Stéphane Pérez - un employé - décrit à un journaliste de France Inter en 2019 : "C'est comme un travail de restauration sur des tableaux : on a souvent l'habitude de prendre cet exemple parce qu'on aime bien ce côté 'patrimoine à conserver'. Les jeux vidéo, aujourd'hui, c'est pas spécialement vu par la plupart des gens comme des œuvres à part entière, mais pour nous ça l'est vraiment. Ça s'inscrit dans une culture, on a grandi avec." La formule est plutôt simple, le concept bien pensé, et le retrogaming gagnant, si tant est que la boîte arrive à se démarquer et se lier avec des éditeurs.

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Crédit : Sega

Ce qui ne tarde pas, puisqu’en 2008 DotEmu nous sert les deux reliques que sont Nicky Boom et Krypton Egg. Mais c’est surtout un an plus tard, en 2009, que nos archéologues ramènent à la vie un tyrannosaure du jeu vidéo : Street Fighter II : Champion Edition. En réalité, SFII arrive sur le web en version flash avec la possibilité de l'intégrer à son site ou son blog. Mais il ne faut pas s’emballer, l’obtention de ce genre de licence est encore compliqué pour l’entreprise à cette époque. Xavier Liard l’a d’ailleurs expliqué au CG Magazine : “Nous devons faire face à de nombreux problèmes. Tout d'abord, il est parfois presque impossible d'obtenir la licence parce qu'il y a trop de titulaires de droits qui ne sont pas d'accord sur le partage des bénéfices ou sur toute autre chose. En vieillissant, les droits de propriété intellectuelle changent souvent de mains et il suffit qu'une entreprise dise ‘non’ pour qu'un jeu soit rejeté”.

Malgré ces difficultés, DotEmu continue de faire son petit bonhomme de chemin. Année après année, le catalogue de jeux restaurés s'épaissit, avec, entre autres : R-Type, Gobliiins, X-Men ou encore une foule de Metal Slug. L’expertise des équipes dans le retro-engineering n’est plus à prouver, et à partir de 2012 c’est même un éditeur bien connu qui fait appel à la petite société française : Square Enix. Cette confiance du géant japonais conduit le binôme à alimenter Steam de véritables pépites des 90’s : Final Fantasy III, IV, V et VI. Une mise en lumière qui propulse DotEmu dans une autre sphère. Rien qu’en 2016, la boîte intervient à différents niveaux sur un total de 16 titres, dont des classiques comme The King of Fighters 2000, Fatal Fury Special ou Samurai Shodown V Special. Une charge de travail élevée, qui finit par pousser DotEmu à multiplier ses compétences en se lançant dans… la création de suite de jeux qui n’en n’ont pas eu.

...à la création

"Il y a différentes manières de remettre au goût du jour un jeu. À l'origine, on faisait plutôt de l'adaptation directe. On prenait le jeu tel quel, on essayait d'améliorer certains aspects pour rendre le gameplay plus moderne, plus agréable. Puis on est allé vers le remake, avec notre premier remake ‘Wonderboy : The Dragon's Trap’ en 2017. Et enfin, on s'est dit qu'on allait se lancer sur des suites : là, on travaille sur la suite de Windjammers et celle de Streets of Rage, une série bien connue de SEGA." Ces mots sortent de la bouche de Cyrille Imbert, à la tête de la société depuis 2014, lors du passage de France Inter dans les locaux de DotEmu. Ils confirment des ambitions nouvelles, portées par la sortie de Street of Rage 4 ce 30 avril, soit 25 ans après la sortie du dernier épisode ! Et Street of Rage n’est pas la seule série à être dépoussiérée en 2020, puisque Windjammers 2 devrait arriver d’ici à la fin de l’année, mais aussi Ys Origin qui bénéficie lui d’un portage.

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Crédit : Sega/Dotemu

Pour Dotemu, les années passent mais ne se ressemblent pas. Les activités de la société évoluent constamment, changent, grossissent, mutent, mais il y a une constante dans tout ça : à chaque projet, c’est tout le monde du rétrogaming qui en sort grandi. Ainsi que l’histoire de cet art.