Hakoom, l’homme aux 2300 trophées platines
Dossier

Hakoom,
l’homme aux 2300
trophées platines

Crédit : @psnHakoom (Twitter)
Selim K.
Selim K.
Auteur Micromania-Zing

Hakam Karim. Ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant ce bahreïnien a réussi l’exploit d’inscrire son nom dans le Guinness Book et dans l’histoire de PlayStation. Son dada : la chasse aux trophées, dont il détient tous les records du monde.

Collecter des trophées est peut-être un détail pour vous, mais pour Hakoom, ça veut dire beaucoup. Depuis 2008 et l’ajout des trophées sur PS3, ce trentenaire a réussi l’exploit d’en débloquer un total de 86 500 ! Un nombre absolument énorme, témoignant du stakhanovisme du père de famille, mais qui le place au beau milieu d’une spirale infernale.

La compétition à sa façon

En 2008, à une époque où l’esport est encore à ses premiers balbutiements, l’aspect compétitif reste secondaire lorsqu’on allume notre console. Puis les LAN se sont démocratisées, ainsi que les compétitions informelles et bénévoles. De son côté, Hakoom découvre alors une nouvelle façon d’étancher sa soif de compétition, comme il le confie à Eurogamer : « Dès que j'ai lu la patch note annonçant les trophées PlayStation, j'ai été excité ». Lorsqu’il apprend que ces derniers sont publics, il se lance corps et âme dans la chasse de ces récompenses symboliques. Et le succès est au rendez-vous : « je voulais participer à la compétition et faire partie du top 10 mondial. Une fois dans le top 10, je savais que je pouvais prendre la première place parce que je débloquais des trophées à un rythme très rapide. Cela m'a rappelé l'époque où je jouais aux MMO ». Embourbé dans cette boulimie nouvelle, il ne tarde pas à découvrir le revers de la médaille (ou du trophée).

Constamment remis en question

Aujourd’hui, 12 ans plus tard, Hakoom comptabilise la bagatelle de cinq records du monde via son activité de chasseur de trophées. Pour cela, quasiment 3300 jeux ont tourné sur ses consoles estampillées Sony, et 2400 ont été « platiné ». « Platiner » un jeu revient, dans la plupart des cas, à en débloquer absolument tous les trophées. Pour un chasseur, c’est le saint-graal comme il l’indique à Kotaku : « la plupart des gens regardent le nombre de platines avant de regarder quoi que ce soit d'autre. Donc, pour moi, les platines sont la partie la plus importante de votre profil. Cela fait une grande différence quand, par exemple, vous avez 10 000 trophées et que 200 d'entre eux sont des platines au lieu de 50. Cela montre à quel point vous êtes un joueur professionnel ». Car oui, pour lui, il n’a « pas de limites quand il s'agit de jouer et de gagner des trophées ».

Pourtant, platiner un jeu est un exploit qui peut s’avérer contraignant, selon si l’on se lance sur un titre assez dense comme ceux de Rockstar ou un petit jeu indé relativement court. Et justement, lorsque l’on souhaite devenir le meilleur chasseur du monde, il faut mettre de côté toute la branche AAA du jeu vidéo afin de ne pas perdre trop de temps. D’ailleurs, c’est précisément sur ce point que ses détracteurs l’attaquent : « Beaucoup de gens disent généralement que Hakoom ne joue qu’à des jeux faciles, mais ils oublient que platiner un jeu de 10 minutes équivaut à terminer un jeu de 500 heures », a-t-il déclaré. « À la fin de la journée, vous gagnez environ 1230 points sur chaque jeu que vous avez platiné, alors pourquoi perdrais-je mon temps et brûlerais-je mon cerveau à ne jouer qu'à des jeux difficiles alors que je peux simplement jouer à des jeux faciles et gagner les mêmes points ? » Un adepte du « travailler moins pour gagner plus » qui, avec cette façon de penser, s’attire les foudres de nombreux internautes.

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Crédit : Hakoom (YouTube)

Maintenant que les réseaux sociaux sont au centre de notre société, Karim doit faire face à de nombreuses accusations de tricherie. Au fond, il ne se sent pas touché, et il développe même sa propre idée à propos de ces énergumènes qui l’attaquent : « Toutes les personnes qui m'accusent de tricherie ne mentionnent jamais aucune preuve solide pour étayer leurs affirmations », a-t-il déclaré. « Ils écrivent juste ‘ce gars est un hacker’ ou ‘ce gars cache une équipe’ sans preuve. Vous savez qu'ils aiment les dramas dans les commentaires et c'est ce qu'ils font de mieux dans leur vie. Ils me traitent de ‘no-life’, mais en fait, ce sont eux qui n'ont pas de vie ».

Le plaisir disparu, ou presque

Dans ce marathon dénué de ligne d’arrivée, Hakoom profite aussi de quelques subtilités du PlayStation Network. Si vous jetez un œil à son profil sur le site psnprofiles.com, vous pouvez apercevoir qu’un jeu peut revenir plusieurs fois dans la liste. En réalité, la plateforme de Sony permet aux joueurs de changer leur localisation afin d’avoir accès à d’autres serveurs. Les mentions « EU », « NA » ou « JP » indiquent le serveur sur lequel les trophées ont été obtenu, et cette petite manipulation permet de doubler voire tripler le montant de trophées récupérés. Cette fonctionnalité tronque un peu les statistiques, et si elle lui permet de gagner un temps précieux, elle ne change en rien le peu de plaisir prit pendant toutes ses heures manette en main.

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Crédit : @psnHakoom (Twitter)

Pour Karim, ces heures de jeu journalières sont éreintantes. Surtout que les titres choisis ne le sont pas par intérêt, mais plutôt par facilité : « je ne peux pas jouer à un jeu que je veux faire pour le plaisir, par exemple. Si je veux jouer à un jeu multijoueur, je ne peux pas car je dois continuer à débloquer des trophées dans d'autres jeux pour conserver mon rang. Malheureusement, la concurrence est déloyale dans les classements et je ne peux pas m'arrêter, sinon je perdrai ma place ». Il se retrouve piégé, quasiment obligé de lancer certains titres à contrecœur. Une situation qui l’a quasiment poussé à l’abandon.

En 2017, lors d'un entretien avec Eurogamer, Karim a carrément déclaré qu'il pensait à arrêter tous les jours. À l'époque, il cherchait à obtenir une certaine reconnaissance de la part de Sony, ce qu'il souhaite toujours désespérément. Au lieu de cela, il a fini par l'obtenir de Guinness, dont tous les certificats accrochés dans sa chambre sont témoins. Revigoré par ce coup de projecteur, il a retrouvé la motivation : « je suis maintenant rempli d'un nouvel état d’esprit et je vais jouer encore plus qu'avant », et ses concurrents sont prévenus, il a retrouvé la flamme : « tant que ces mains travailleront, je travaillerai ».