Comment l'esport remplace le sport à la TV
Dossier
PUBLIÉ LE 8 avr. 2020

Comment l'esport
remplace le sport
à la TV

Crédit : Soe Gschwind
Maxime L-G.
Maxime L-G.
Auteur Micromania-Zing
PUBLIÉ LE 8 avr. 2020

Le confinement a poussé les événements sportifs à tous être annulés les uns après les autres. De ce fait, toute l’industrie a dû se tourner vers une catégorie qu’elle a longtemps regardé de travers : l’esport.

On parle souvent sur internet de la mort de la télévision traditionnelle au profit des plateformes type YouTube, Twitch ou encore Vimeo. Parallèlement à cette chute annoncée, l’esport ne fait que grandir année après année, et devient une force à ne pas sous-estimer face aux sports plus traditionnels. Le Comité International Olympique s’ouvre même, petit à petit, à l’idée de les intégrer aux Jeux Olympiques.

Il aura fallu faire énormément de chemin pour ça ceci étant. Si le jeu vidéo en tant que pratique compétitive est né il y a bien longtemps -- on pourrait d’ailleurs citer le Nintendo World Championship de 1990 comme un pionnier d’envergure --, l’esport tel qu’on le conçoit aujourd’hui avec ses tournois, ses ligues, ses équipes et ses sponsors reste relativement récent.

L’esport s’est inspiré des sports traditionnels

Les origines du jeu vidéo en tant que sport compétitif ne sont pas si faciles à pointer du doigt. Et pour cause : qui a eu l’idée d’inviter plusieurs personnes dans un garage et réaliser un classement des meilleures parties et des meilleurs joueurs de la soirée en premier ? Difficile à dire. Il est donc plus facile de retracer le parcours des organisations, et notamment l’une des plus vieilles : l’ESL. À l’origine un regroupement de personnes avec leurs PC branchés en réseau, ou une bonne vieille LAN comme on les appelait alors, elle a grandi pour devenir… un gigantesque béhémoth. Elle se divise maintenant en plusieurs entitées selon les pays, et même selon les jeux, et est organisatrice de nombreux événements aussi bien online que offline. C’est l’une des étapes les plus importantes du circuit majeur.

Car oui, l’esport a désormais ses circuits. Et ces derniers sont si inspirés des sports traditionnels qu’ils en reprennent même les codes. On pense notamment à l’Overwatch League, dont le logo s’inspire de celui de la NBA. Son format même est pensé comme un événement sportif américain classique : deux divisions entre atlantique et pacifique, une pré-saison, une saison régulière à 4 étapes et enfin les séries éliminatoires pour déterminer les finales. Ainsi, même sans comprendre le jeu en lui-même, un néophyte peut aisément s’imprégner d’une compétition puisqu’elle suit des schémas qu’il connaît déjà.

Overwatch League
Crédit : Activision-Blizzard

Même les jeux un peu plus en marge de ces grandes bacchanales numériques n’ont pas été oubliés. La baston a également ses compétitions, et ce grâce en partie à Capcom qui a donné le la en lançant son Capcom Pro Tour. Le développeur s’est associé avec de nombreux organisateurs indépendants de tournois à travers le monde (EVO, CEO, Combo Breaker) pour faire de ces derniers de grandes étapes servant à récupérer des points sur une année entière. À la fin, les joueurs ayant amassés le plus de points sont invités à participer à la Capcom Cup pour déterminer le véritable champion du monde. Ce modèle a ensuite été suivi par de nombreux autres éditeurs, comme Bandai Namco ou encore Arc System Works.

Le malheur de l’un est le contre-temps de l’autre

Du fait de la situation actuelle, les regroupements des personnes dans les stades et dans les arènes à travers le monde sont interdits. Nous sommes tous enfermés chez nous pour soutenir l’effort de nos hôpitaux… y compris nos athlètes. Aussi, la plupart des compétitions sportives traditionnelles ont été naturellement annulées, notamment la NBA et les diverses courses automobiles. Même les Jeux Olympiques de 2020, qui doivent théoriquement débuter à Tokyo le 24 juillet prochain, pourraient être reportés de quelques mois voire d’une année entière. Toute l’industrie sportive est actuellement paralysée par la situation, et ne peut pas véritablement trouver de solution alternative.

L’esport est cependant un monstre différent. L’exemple des LCS, les League of Legend Championship Series, est particulièrement parlant dans ce cadre. Face à la crise sanitaire mondiale, l’éditeur Riot Games s’est adapté en un temps record. Après avoir annulé la finale de son championnat européen, il a tout simplement retravaillé son planning en compagnie de ses partenaires pour transférer les prochaines étapes… intégralement en ligne. Et cela n’inclue pas uniquement les matchs : tous les commentaires et les analyses de game habituels, en compagnie d’une équipe de 3 à 4 personnalités au micro, ont pu continuer.

LOL LES
Crédit : Riot Games

Cela s’explique très simplement par le fait que l’explosion de l’esport est en grande partie née… d’internet. Le format compétitif classique, qui n’est autre que le mode en ligne intégré aux jeux compétitifs en eux-mêmes, existe uniquement sur le web. Les compétitions ont toujours été principalement retransmises sur les plateformes comme Twitch ou Mixer, là encore en ligne. Les commentateurs et commentatrices du milieu ont fait leurs armes sur ces mêmes plateformes, faisant qu’ils ont déjà chez eux un studio d’enregistrement complet. Revenir à cette formule s’apparente ainsi presque à un retour aux sources.

Il n’existe finalement qu’un frein à cela : la qualité de sa connexion internet et du jeu auquel on veut jouer. Certains joueurs, même professionnels, n’ont pas forcément une fibre optique ou une connexion suffisante pour jouer à un niveau compétitif à partir de chez eux. Et certains jeux, notamment ceux de combat, n’ont pas forcément un aspect web assez développé pour tenir une compétition internationale. Pour le premier point, il est généralement admis que la situation est exceptionnelle, faisant que rares sont les observateurs à en tenir rigueur. Pour le second, il a amené des débats intéressants dans les communautés concernées, qui ont parfois poussé les développeurs à revoir leur point de vue. Par exemple, Arc System Works a choisi d’utiliser du rollback netcode sur son futur Guilty Gear Strive pour pallier cela au maximum.

L’esport devient le sport du confinement

Dans cette situation, et face à son cousin jusque là mal-aimé, l’industrie du sport traditionnel a dû réagir et faire appel à l’esport pour combler son manque. En première ligne, on notera l’esport de simulation qui a réussi à remplacer efficacement les courses réelles. La chaîne de TV américaine Fox a tenté avec succès de remplacer ses courses de NASCAR habituelles par des courses du circuit virtuel Pro invitational sur iRacing : 1,3 million de spectateurs ont découvert l’esport ce faisant, et les retours de l’expérience sont tous positifs.

iRacing Nascar
Crédit : Fox

Au même titre, on notera que la chaîne Sky Fox a quant à elle fait appel à la ligue esport de Formule 1 2019, là encore avec succès. Les initiatives de la sorte se multiplient, faisant que même de grands champions réels comme Charles Leclerc (Ferrari) participent désormais aux grands prix virtuels. ESPN n’est également pas en reste. Alors qu’il était déjà diffuseur de certains programmes esport, sa grille actuelle est remplie de compétitions sur divers jeux… y compris du Tetris ! La NBA a ainsi créé un tournoi sur NBA 2K diffusé sur la chaîne, où des joueurs tels que Kevin Durant ou encore Donovan Mitchell prennent la manette plutôt que le ballon.

Dans la situation actuelle, l’esport est tout simplement devenu le seul sport possible. Mais ce qui est né d’une épreuve pourrait devenir une bénédiction. Le grand public, poussé à être ouvert d’esprit, se découvre un attrait pour les compétitions en ligne qui pourrait perdurer. Le sport traditionnel, poussé à revoir rapidement ses positions, ne peut plus ignorer l’esport qui aujourd’hui le soutient. Et les talents du web prouvent leur valeur aux yeux de personnes qui jusqu’ici ne les considéraient pas.